Par Agnès Montaigne, Iufm Haute-Normandie
Un obstacle épistémologique est ce qui empêche d’accéder à un savoir actuel et réel. Cela peut être une représentation d’un phénomène courante dans la société, par exemple une conception scientifique dépassée, ou un préjugé, une opinion qui empêche d’accepter un point de vue objectivé. Ces « obstacles » sont élastiques, ils ont tendance à revenir à la surface une fois l’information scientifique entendue, ils sont plus forts que les discours rationnellement argumentés et ce d’autant plus qu’ils fonctionnent de façon sous-jacente et non explicite.
En tant que documentaliste, nous pouvons ainsi classer comme obstacle épistémologique tout ce qui ressort d’une représentation anthropologique des machines « intelligentes » que nous utilisons. Un exemple. Bien que les élèves sachent que Google est un logiciel, ils en parlent comme d’une personne ou d’un ensemble de personnes et surtout utilisent le formulaire de requête comme un espace de dialogue proche, même s’ils se plient à la règle des mots-clés, de celui qu’ils entreprendraient avec un humain. Ils « croient »implicitement en l’intelligence de la machine. Cela les empêche de fonder leur pratique de l’outil sur une compréhension réelle des actions réalisées par le robot pour aboutir à une page de résultat : ils attendent toujours des ressources qui parlent d’un sujet et non des pages contenant une chaîne de caractère. De telle représentations méritent d’être pointées en classe par les professeurs dès le départ et d’être traitées à chaque réémergence.
D’autres représentations sur Internet, zone de non droit, d’innocence et de gratuité influencent grandement la pratique des élèves sur le Web, même quand ils sont capables d’évoquer verbalement certains dangers ou risques courus en ligne et de reconnaître la publicité sur les sites.
S’il est relativement simple de repérer ces représentations quand il s’agit de l’information numérique, elles sont beaucoup plus difficiles à connaître quand il s’agit par exemple de la notion d’auteur, de périodique, d’éditeur…Or, si nous voulons donner aux élèves des concepts propres à rendre intelligibles leur pratiques, il est nécessaire de faire en sorte que ceux-ci remplacent des conceptions erronées profondément implantées par des concepts réellement opérationnels. Donner la définition juste, si cela reste nécessaire n’est pas suffisant. Il faut aussi prendre en compte ces représentations occultes. La seule façon sérieuse de les repérer consiste à noter et à analyser des propos et des textes ou les élèves expriment ce qu’ils comprennent de ces notions.
C’est ce à quoi ce sont employé un groupe de documentalistes de l’académie de Nantes pilotés par Pascal Duplessis. Ces collègues nous communiquent ici dans un esprit de partage leur collecte pour les concepts d’Article, d’Auteur, d’Information, de Périodique et de Source d’information. Il s’agit de données brutes sur lesquels des synthèses restent à faire. Mais pourquoi ne pas s’employer d’ores et déjà à en tirer quelques conclusions ?
Voici pour exemple des réponses d’élèves de 4e aux questions suivantes :
Qu’est-ce qu’une source d’information ? / Quelle est la différence entre une source
d’information et des références bibliographiques ? / Donne un exemple de source d’information
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1 |
Une source d’information c’est la d’ou viennent plusieurs informations / Les informations viennent d’une source d’information tandis que ce sont des livres qui appartiennent a des références bibliographiques / Je ne sais pas |
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2 |
Une source d’information est une source ou l’on peut trouver plein d’informations. / Je ne sais pas / Je ne sais pas |
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3 |
Une source d’information est l’endroit ou l’on trouve une information / Le référence donne un livre ou périodique une source d’information est dans un livre ou un périodique / Dans « sience et vie junior » page 15, article 2 |
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4 |
Une source d’information est un endroit ou une chose où l’on peut trouver des informations. / ? / Internet est une source d’information. |
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5 |
Une source d’information est une personne ou chose qui donne une information. / Une référence bibliographique est l’identité d’un livre pour le classer facilement en bibliothèque. / Une personne peut être source d’information. |
A première lecture, on s’aperçoit que mot source fait obstacle dans la mesure où pour les élèves il renvoie à un lieu ou des personnes qui rendent l’information disponible plutôt qu’à la notion d’origine qui permettrait de construire des concepts tel que validité des données informationnelles et pensée critique.
Chaque notion est ainsi développée dans l’ensemble pour tous les niveaux de la 6e à la terminale en une vingtaine de page. Un certain nombre d’exemples mettent également en évidence l’évolution des conceptions après une formation. Nos collègues publient également en ligne leur protocole d’enquête et promettent des relevés complémentaires et une synthèse pour la fin de l’année. Mais ajoutent-ils « … l’entreprise dépasse de loin nos seules forces. Aussi appelons-nous les collègues intéressés par ce chantier, seuls, en équipes ou en bassins, à nous aider à augmenter le nombre des concepts en cours de traitement et à multiplier, par des collectes sur de nouveaux concepts, ces corpus, ceci dans le but d’offrir à la profession une banque de données couvrant à terme tout le domaine conceptuel. Les équipes intéressées sont ainsi invitées à prendre contact avec nous. » Peut-être y aura-til des volontaires dans l’académie de Rouen ?
Un outil utile pour mieux cibler nos interventions auprès des élèves et à suivre donc…
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